1802-1803 : le Vaudois trait sa vache mais vit-il paisiblement ?

Le pays de Vaud vit au rythme séculaire des activités agricoles, viticoles et artisanales.

L'agriculture pratique largement l'assolement triennal: une année blé d'automne, une année céréale de printemps, une année la jachère avec le droit de libre parcours pour le bétail.

La rotation collective des cultures est obligatoire sur les sols ou pies d'où la dénomination de nos champs de la Piaz ou Péaz . Peu à peu se généralise la culture de la pomme de terre (estce une céréale ? doit-elle être soumise à la dîme ? c'est l'origine d'une grave controverse à Mézière en 1790, avec emprisonnement du pasteur, qui fournira à René Morax le sujet d?une pièce créée en 1903 et qui marque le début de l'aventure du Théatre du Jorat) et des plantes fourragères (luzerne, trèfle, esparcette) qui améliorent grandement les possibilités d'élevage du bétail.

Bien évidemment pas d'électricité, de réseau d'eau potable, pas de moteur. Seule la force de l'homme (femmes et enfants compris) et des animaux pour travailler la terre et la force hydraulique pour actionner les nombreux moulins, scieries, tanneries indispensables à la transformation des matières premières (cf. les moulins de Morges, de Vaux, ceux de Lussy, Villars, Yens sur le Boiron).

Le Pays est surtout un pays agricole. Il compte 144'518 habitants. Les villes sont petites. Lausanne 9'965 habitants; Morges 2'059 habitants; Denens 175 habitants au recensement de 1803. L'espérance de vie est de 40 ans; un enfant sur quatre ou cinq n'atteint pas sa première année. Les jeunes représentent le 1/3 de la population, les vieux le 5%.

Les campagnes vivent en auto-approvisionnement presque complet. On achète aux foires (une fois par mois à Morges) ce que l?on ne produit pas.

Des routes et chemins de terre au mieux recouverts de gravier assurent les communications avec la navigation lacustre à voiles. Le citoyen Muret de Morges, élu au Petit Conseil (Conseil d'Etat) doit déménager à Lausanne pour pouvoir exercer sa fonction car il faut une heure et demi à deux heures pour relier son domicile au Château en voiture à chevaux. Et pourtant, les idées nouvelles circulent rapidement ; sous les crânes de nos vieux, les esprits bouillonnent !